Interview de Béatrice Foenix-Riou : « Quelques astuces pour optimiser votre recherche d’information sur Internet »

 
Nadège Delalieu : Béatrice Foenix-Riou bonjour et merci d’avoir accepté cette interview.
 
Béatrice Foenix-Riou : Bonjour Nadège.
 
Nadège Delalieu : Pouvez-vous présenter en quelques mots ?
 
Béatrice Foenix-RiouBéatrice Foenix-Riou : Bien sûr. J’ai en fait plusieurs activités, qui me tiennent toutes à cœur.
Depuis plus de vingt ans maintenant, je suis rédactrice en chef de deux lettres d’information, éditées par Bases Publications. La première s’appelle Bases, existe depuis 1985, et concerne l’actualité des grands serveurs et des bases de données. La seconde, Netsources, existe depuis 1996, et est dédiée aux méthodologies de recherche sur Internet. Depuis bientôt cinq ans, j’ai eu envie de changer ma façon de travailler et j’ai créé BFR Consultants, un cabinet de conseil sur la recherche et la veille sur Internet, tout en restant rédactrice en chef des deux lettres. Cette activité en libéral m’a permis à la fois de publier un nouvel ouvrage sur la Recherche éveillée sur Internet, et de m’impliquer au sein de l’ADBS dont je suis administratrice et responsable du secteur veille.
 
Nadège Delalieu : On sait que la plupart des internautes utilisent Google comme moteur de recherche principal, voire unique, en tapant un, deux ou trois mots, et ne regardent quasiment que la première, voire les trois premières pages. Or, cela ne donne pas forcément des résultats très pertinents. Avez-vous quelques conseils à nous donner pour mieux utiliser Google ?
 
Béatrice Foenix-Riou : Google est aujourd’hui utilisé par plus de 90 % des internautes en France. Les dernières études indiquent que 90 % des clics sont concentrés sur les trois premiers liens ! C’est dramatique au niveau de la recherche et ce n’est surtout pas un exemple à suivre pour les professionnels de l’information. D’autant que de plus en plus, Google interprète la question et personnalise les résultats. Il est donc nécessaire d’utiliser certaines astuces, si l’on veux « reprendre la main » sur la recherche.
 
Le premier conseil que je donnerais tient à l’environnement de sa recherche. Il me semble important de modifier les paramètres de Google pour afficher 100 résultats par page, et pas seulement 10 (choix par défaut). Cette modification se fait dans les « Paramètres de recherche », accessibles via le menu Options, symbolisé par une roue dentée, en haut de la page de résultats (pour cela, il faut désactiver la « recherche instantanée »). Ce paramétrage permet, lorsqu’on lance une recherche sur le moteur, de jeter un œil rapide sur les 100 premiers résultats, en baissant simplement l’ascenseur du navigateur, pour analyser la façon dont Google a pris en compte les termes de la requête (singulier/pluriel, synonymes, accents…).
On peut ensuite affiner sa question en conséquence, en utilisant différentes astuces. Parmi celles-ci, je citerai :
 
l’usage des guillemets, pour « forcer » Google à rechercher un mot tel qu’on l’a écrit.
Si je souhaite par exemple identifier des données sur le marché de la randonnée, et que je lance une requête avec les termes marché randonnée, Google me proposera des réponses concernant la marche et la randonnée… Il est ici impératif d’écrire le mot « marché » entre guillemets.
 
Google guillemets
– on aura également intérêt à combiner dans une même requête des synonymes des termes que l’on souhaite, reliés par l’opérateur* OR (écrit obligatoirement en majuscules).
Pour trouver par exemple des données sur le marché de l’habillement, on pourra réfléchir aux types de données que l’on souhaite obtenir en termes de « marché » (marché OR ventes OR production OR consommation…), préciser le domaine lui-même (habillement OR textile OR prêt à porter…), et rassembler les deux groupes de mots par un AND, symbolisé par un espace sur Google. La requête pourra être par exemple : marché OR ventes OR production OR consommation habillement OR textile OR prêt à porter (mais attention alors à ne pas écrire de OR entre les deux groupes de mots !).
 
– si l’on a trop de réponses, on peut restreindre la requête – ou certains mots de la requête – aux titres des pages web. Si l’on recherche des informations sur George Sand, et que l’on souhaite en savoir plus sur sa relation avec Chopin, on pourra par exemple rechercher le nom de « George Sand » dans le titre des pages, et celui de Chopin dans le texte. Pour ce faire, il suffit d’écrire l’opérateur intitle: directement devant le terme, sans espace entre « intitle », le symbole « : » et le mot. La requête pourra donc ressembler à intitle:«George Sand» Chopin
Cet opérateur peut s’avérer utile, mais il faut prendre garde à plusieurs choses :
     – ne pas mettre d’espace entre l’opérateur, les deux points et le mot, sinon Google cherchera le mot « intitle » dans la page ;
     – écrire les mots accentués avec leurs accents, car la recherche est alors faite sur l’occurrence exacte des termes ;
     – et enfin utiliser les guillemets lorsqu’il s’agit d’un mot composé ou d’un nom (comme George Sand), sans quoi seul le premier mot sera cherché dans le titre…
 
Google opérateur intitle
- Google permet également de limiter sa recherche à un site ou à un type de sites. Si l’on souhaite obtenir par exemple des statistiques officielles sur l’énergie, on peut restreindre les résultats aux sources officielles (sites des ministères…) en utilisant l’opérateur site: suivi de l’extension gouv.fr, qui caractérise les sites ministériels en France. On écrira donc énergie statistiques site:gouv.fr (sans espace entre l’opérateur site, le symbole « : » et l’extension gouv.fr).
 On pourra d’ailleurs chercher simultanément sur les sites ministériels et sur celui de l’Insee, en écrivant énergie statistiques site:gouv.fr OR site:insee.fr
L’opérateur site: fait ici office de moteur de recherche interne. On prendra garde toutefois à bien écrire le nom de domaine jusqu’au « top level domain ». Une requête avec uniquement « site:gouv » obtiendrait en effet 0 résultat…
 
- Autre astuce utile : limiter la recherche selon le type de fichiers. Pour retrouver par exemple des diaporamas, des supports de cours… sur un sujet, on peut ajouter aux termes de sa requête l’opérateur filetype:, suivi de l’extension désirée : ppt pour PowerPoint, pdf pour les documents PDF, xls pour Excel, etc. Là encore, on peut chercher simultanément des statistiques sur l’énergie au format PDF ou PowerPoint en écrivant par exemple statistiques énergie filetype:pdf OR filetype:ppt
 
- On peut combiner ces différents opérateurs dans une même requête. Mais il faudra être très prudent sur la façon d’écrire la syntaxe, car un opérateur mal placé aura pour conséquences des résultats non pertinents, ou pas de résultats du tout !
 
Google combiner les opérateurs
– En complément de l’usage de ces différents opérateurs, je conseillerai d’explorer la barre d’outils que Google propose en haut de la page de résultats.
En cliquant sur le choix « Outils de recherche », on affiche en effet diverses options parmi lesquelles on trouve la date de publication. Cette fonctionnalité permet de restreindre la requête aux pages parues à une date ou une période donnée. Google indique dans son aide que cette date est une estimation de la date de publication, faite à partir de la date de première indexation par ses robots.
Après avoir lancé sa recherche, on peut donc limiter les réponses aux documents les plus récents parus depuis un mois ou une semaine… (utile dans le cas d’une veille récurrente) ou retrouver des résultats parus à une période donnée. C’est d’ailleurs quelquefois un bon moyen pour mesurer les retombées d’un événement (colloque, exposition…).
 
Google recherche par date
Nadège Delalieu : Merci pour tous ces conseils. En dehors de Google, y a-t-il d’autres outils permettant de croiser les recherches, de les affiner pour obtenir d’autres résultats ?

 
Béatrice Foenix-Riou : Bien sûr. Au niveau fonctionnalités de recherche, je citerai le moteur Exalead, moteur français créé par la société Exalead et lancé en 2004, puis racheté par Dassault en 2010. C’est un moteur très puissant, qui utilise les mêmes opérateurs que Google (intitle:, inurl:, site:, filetype:), et propose en complément d’autres fonctionnalités. Il offre ainsi dans sa page de résultats une liste de termes associés, fort utile pour affiner ses requêtes. Ces termes, identifiés à partir d’une analyse statistico-sémantique des pages de résultats, peuvent suggérer des pistes de recherche auxquelles vous n’auriez pas pensé. En ce sens, Exalead constitue donc une bonne alternative à Google, pour un professionnel.

 
Nadège Delalieu : Alternative ou complément.
 
Béatrice Foenix-Riou : Alternative ou complément, tout à fait. De toutes façons, aucun moteur ne couvre l’ensemble du Web. Les deux moteurs se complètent car leurs fonctionnalités diffèrent, et qu’ils ont en fait une philosophie différente de la recherche. Google vous aide à « trouver » l’information – quitte à vous fournir des résultats qui ne correspondent pas exactement à ce que vous avez demandé… – quand Exalead vous aide à la chercher, en vous proposant des pistes auxquelles vous n’auriez pas songées…

 
Nadège Delalieu : D’accord. Et que pensez-vous de la recherche directe de pages de liens présélectionnés par des spécialistes d’un domaine ? Et comment les trouver ?
 
Béatrice Foenix-Riou : c’est un très bon conseil de chercher à identifier les pages de liens pour trouver une liste de sources sur un sujet. Lorsqu’on souhaite débroussailler une question, réaliser une webographie sur un sujet, etc., il est en effet préférable de partir d’une liste de sources déjà sélectionnée par un expert, un passionné, une fédération, une association… plutôt que de partir à la pêche sur un moteur en explorant les résultats.
Pour identifier de telles pages de liens, l’une des astuces que je préfère consiste à chercher les pages qui contiennent les termes de la requête et le mot « liens » ou « signets » ou « bookmarks » dans le titre ou dans l’url de la page. J’ai détaillé cette méthode dans l’un des articles de mon blog.
 
Nadège Delalieu : En ce moment, on parle beaucoup de recherche, d’information et de veille en temps réel. Quels sont outils spécifiques pour surveiller cette information en temps réel ?

 
Béatrice Foenix-Riou : En matière de « temps réel », les moteurs de recherche généralistes tels Google ne peuvent être satisfaisants, puisque leurs robots n’indexent pas les pages dès leur publication, et répertorient mal les contenus publiés sur les médias sociaux.
Avec le développement du Web social, et notamment des réseaux comme Twitter* ou Google+, on a donc vu apparaître des « métamoteurs* du Web social », comme :
     – Topsy.com, qui interroge simultanément Twitter (y compris les archives du site de microblogging*), Google+ ainsi que d’autres résultats web
     – Bringr.net, qui surveille en temps réel Twitter, Facebook, Instagram, Digg…
     – SocialMention.com, qui interroge simultanément une centaine de médias sociaux (blogs, réseaux sociaux, sites de microblogging, sites de partage, etc.).
On peut bien sûr utiliser aussi directement le moteur de recherche de Twitter, ou de Google+. Interroger ces sites peut être utile pour la veille e-réputation*, pour suivre ce qui se dit sur une entreprise, une marque ou une personne ; et quand on est soi-même twitteur, on peut aussi interroger Twitter pour avoir rapidement une réponse à une question, en faisant appel aux connaissances de son réseau.

 
Nadège Delalieu : Est-ce qu’il y a des trucs ou des astuces pour restreindre sa recherche sur Twitter et trouver le ou les dix tweets intéressants parmi l’ensemble des tweets ?
 
Béatrice Foenix-Riou : Tout dépend bien sûr de la requête. Le moteur de recherche de Twitter permet par exemple d’affiner une question en limitant la recherche aux tweets émis par une personne, ou aux tweets citant une personne. Mais comme toujours – et peut être encore plus sur Twitter –, il est primordial de vérifier la source du document, et donc d’identifier l’auteur du tweet. Ce peut être un expert du domaine comme votre voisin de pallier qui ne sait pas quoi faire et qui va tweeter sur un sujet sans penser à la répercussion qu’il peut y avoir.
 
Nadège Delalieu : La vérification de la source et la fiabilité de l’information sont des problématiques constantes. Avez-vous des conseils à nous donner en la matière ?

 
Béatrice Foenix-Riou : toujours se renseigner sur la nature de la source. Qui est l’auteur du document ? Est-ce un spécialiste du domaine ? Quelle est la nature du site ? S’agit-il d’un site institutionnel, associatif, commercial… ? Il faut ensuite recouper l’information, identifier le point de départ lorsqu’elle a été reprise par plusieurs sites… C’est un travail de journaliste – et de professionnel de l’information ! –, qui relève parfois de l’enquête…
 
Nadège Delalieu : Béatrice, merci beaucoup pour toutes ces précisions méthodologiques.
 
Béatrice Foenix-Riou : Merci à vous de cette entrevue.
 

* Vous pouvez retrouver une définition concise des termes signalés d’un astérisque (*) dans le glossaire.

 

Que pensez-vous des astuces données par Béatrice Foenix-Riou ? Partagez votre expérience dans les commentaires ci-dessous.

 
 

5 commentaires sur “Interview de Béatrice Foenix-Riou : « Quelques astuces pour optimiser votre recherche d’information sur Internet »

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  5. Voila un article vraiment bien sur les astuces de recherches google. Merci. Je l’ajoute à mes favoris et j’envoie sur mon twitter.
    A+

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